Soutenance de thèse d’Hugo Estecahandy

Soutenance de Thèse d’Hugo Estecahandy
📅 Jeudi 19 février 2026 à 13h30
📍 salle 150 du Centre des colloques du Campus Condorcet, à Aubervilliers (M: Front Populaire)
📚 Géopolitique des cryptomonnaies et de leurs industries de minage dans l’espace postsoviétique : études de cas de la Russie, du Kazakhstan et du Kirghizstan
Résumé de la thèse
Cette thèse explore la manière dont les besoins spécifiques du minage de cryptomonnaies entraînent une concentration de la partie matérielle de réseaux numériques, initialement conçus autour du concept de décentralisation, au sein de territoires spécifiques de l’ex-URSS, et comment les réseaux d’acteurs locaux influencent ce développement.
L’approche mobilise la méthode d’analyse géopolitique et des apports des STS pour définir le réseau Bitcoin comme une infrastructure numérique et un espace géopolitique. Malgré les idées techniques et politiques derrière sa création, le réseau est sujet à des phénomènes de centralisation du pouvoir, des flux et des moyens de production. Le minage révèle la matérialité continue de cette infrastructure, fortement ancrée dans l’espace physique en fonction de facteurs de localisation spécifiques. De plus, les cryptomonnaies émergent comme des outils et des enjeux géopolitiques, pouvant servir de moyens de contournement de sanctions ou de soutien aux stratégies étatiques de souveraineté numérique et monétaire.
En Russie, l’étude se concentre sur l’oblast’ d’Irkoutsk (Sibérie) comme laboratoire géopolitique du minage numérique. Le minage s’appuie sur l’héritage industriel soviétique, notamment l’hydroélectricité bon marché, et y a évolué en passant tout d’abord d’une activité informelle à un secteur industriel. Dans ma thèse, je tends à démontrer que ce changement d’échelle est le fruit d’une coproduction entre ce que je nomme « énergopouvoirs » et « technopouvoirs ». En Asie centrale, où j’ai ensuite continué mes recherches, ce minage numérique révèle des fragilités structurelles et des dépendances infrastructurelles aux échelles nationales et internationales. L’essor rapide du minage au Kazakhstan à partir de 2021 a exacerbé une crise énergétique et mis en lumière la dépendance du pays aux puissances voisines. Ce phénomène a aussi servi de catalyseur à certains règlements de comptes politiques, la répression et la communication étatique ont notamment ciblé les acteurs du minage numérique opaque proches de l’ancien président Nazarbaïev. Mais le pays a également mis en place une régulation de l’activité novatrice. Au Kirghizstan, l’analyse révèle un minage informel au cœur des déficits d’énergie et des tensions régionales liées au partage de l’eau. Des réseaux informels d’acteurs, qui impliquent des élites politiques, détournent des infrastructures publiques pour générer des cryptomonnaies.
Sous la direction d’Amaël Cattaruzza (IFG Lab)
Composition du jury
- Virginie MAMADOUH, rapporteure, Associate professor, University of Amsterdam
- Catherine POUJOL, rapporteure, Professeure des Universités, INALCO
- Kevin LIMONIER, examinateur, Professeur des Universités, Université Paris 8
- Francesca MUSIANI, présidente du jury, Directrice de recherche, CNRS
- Amaël CATTARUZZA, directeur de thèse, Professeur des Universités, Université Paris 8



