Escalade de la violence étatique aux USA avec Charlotte Recoquillon

Suite au décès d’une mère de famille aux Etats-Unis, tuée par un agent de l’ICE, Charlotte Recoquillon était l’invité, samedi 10 janvier, de l’émission Au cœur de l’info de France 24.
La chercheuse associée à l’IFG, journaliste et spécialiste des Etats-Unis était présente afin d’éclairer les auditeurs et auditrices sur la situation américaine actuelle
ICE, une police de plus en plus intouchable
Depuis la réélection de Donald Trump, l’ICE, la police fédérale de l’immigration, s’est vu attribuer de nouveaux pouvoirs. Comme le souligne Charlotte Recoquillon, le président a fait de l’immigration l’un des axes centraux de sa campagne électorale, allant jusqu’à promettre la mise en place d’un « projet de déportation de masse ».
L’administration Trump s’est ainsi employée à concrétiser cette promesse en allouant au Department of Homeland Security un budget de 170 milliards de dollars sur les quatre prochaines années. Parallèlement, un processus de démantèlement des services chargés d’enquêter sur les forces de l’ordre ou de recueillir les plaintes a été engagé, laissant l’ICE largement dépourvue de mécanismes de supervision et favorisant les violences policières.
Néanmoins, selon Charlotte Recoquillon, ces pratiques, bien que controversées, ne sont pas réellement surprenantes au regard du fonctionnement des forces de l’ordre aux États-Unis en général, et de cette police en particulier.
Des méthodes controversées mais peu surprenantes
Créée en 2003, l’ICE est aujourd’hui chargée, dans le cadre des promesses électorales de Donald Trump, de détecter, arrêter et expulser les migrants en situation irrégulière. Toutefois, malgré le manque de transparence entourant ses opérations, il apparaît que celles-ci ne ciblent pas uniquement les personnes sans papiers ou disposant d’un casier judiciaire, mais plus largement l’ensemble des populations immigrées, y compris des personnes naturalisées et des citoyens américains. Charlotte Recoquillon évoque ainsi « une escalade de la violence organisée par l’État ».
Les données confirment cette analyse : l’année 2025 a enregistré un nombre record de décès en détention. Par ailleurs, le budget colossal alloué au Department of Homeland Security, supérieur à celui de nombreuses armées dans le monde, s’est accompagné d’un vaste effort de recrutement. Celui-ci vise, selon la chercheuse, des profils « ayant un appétit pour la confrontation et la violence », se percevant comme des « justiciers ».
Ce climat est renforcé par le soutien sans réserve de l’administration. À la suite de la mort de Renée Nicole Good, la Maison Blanche a non seulement invoqué la légitime défense de l’agent impliqué, mais a également inversé la responsabilité en qualifiant la victime de « terroriste interne ».
Une résistance aux résonances historiques
Selon Charlotte Recoquillon, une résistance populaire s’organise depuis plusieurs mois, principalement à travers des actions non violentes. Des manifestations ont eu lieu à Minneapolis, lieu de la mort de Renée Nicole Good, mais aussi à New York et à Washington. D’autres initiatives visent à entraver les opérations de l’ICE, notamment en alertant les habitants de l’arrivée des agents, en mettant en place des patrouilles communautaires ou en organisant des ateliers d’information sur les droits des migrants. Un site internet recense également les plaques d’immatriculation des véhicules de l’ICE non banalisés.
La chercheuse établit un parallèle avec le Black Panther Party, fondé en 1966, qui avait notamment développé la stratégie du « copwatching », ou surveillance citoyenne des forces de l’ordre. Pour Recoquillon, « ce qui se passe aujourd’hui s’inscrit dans une généalogie de luttes », marquée par la solidarité entre le combat des Afro-Américains contre les violences policières et celui des migrants face à l’ICE. Ce parallèle est d’autant plus significatif que Minneapolis est également la ville où George Floyd a été tué en 2020, événement déclencheur du renouveau du mouvement Black Lives Matter, historiquement lié aux Black Panthers. Ces deux organisations ont été qualifiées d’« organisations terroristes » par le FBI et ont fait l’objet d’une répression étatique violente. La violence dénoncée aujourd’hui s’inscrit donc dans une continuité, bien qu’elle atteigne désormais un niveau supérieur.
Le Minnesota, un « cocktail explosif » ?
Minneapolis, déjà marquée par la mort de George Floyd et par la résurgence du mouvement Black Lives Matter, présente selon Charlotte Recoquillon des facteurs supplémentaires de tension. La ville est représentée au Congrès par Ilhan Omar, femme réfugiée issue de la communauté somalienne locale. Cette élue est régulièrement la cible d’attaques racistes et xénophobes émanant de l’extrême droite, de responsables républicains et d’influenceurs politiques.
Depuis plusieurs semaines, ces attaques se sont étendues à l’ensemble de la communauté somalienne du Minnesota, au point que 2 000 agents de l’ICE ont été déployés à Minneapolis quelques jours avant l’incident. La chercheuse souligne que la multiplication des interventions, le surarmement des forces de l’ICE, la stratégie de confrontation et la diffusion de fausses informations sur cette communauté ont contribué à créer un véritable « cocktail explosif ».
Le soutien de l’administration Trump : préparer l’après-Trump
Le soutien immédiat de l’administration et la criminalisation systématique des victimes permettent de légitimer ces violences auprès de l’opinion publique. Cette stratégie n’est pas nouvelle : les mouvements Black Panthers et Black Lives Matter en ont également fait l’expérience. Toutefois, Charlotte Recoquillon insiste sur l’importance centrale du récit politique dans la stratégie de l’administration Trump.
La politique de répression des migrants s’inscrit dans une promesse électorale qui a largement contribué à l’élection du président. Si ses partisans adhèrent majoritairement à cet objectif, les méthodes employées peuvent néanmoins choquer, notamment en raison de leur impact déstabilisateur sur les communautés locales. Il est donc crucial pour le camp Trump de maintenir l’adhésion de sa base et de préserver une forme d’unanimité, ce qui rend la maîtrise du récit politique d’autant plus essentielle.
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