Comment l’ICE est devenue la police de Trump ? avec Charlotte Recoquillon

À la suite de l’assassinat de Renee Nicole Good à Minneapolis par un agent de l’ICE, Charlotte Recoquillon était l’invitée de Quentin Lafay dans l’émission Questions du soir sur France Culture. Chercheuse associée à l’IFG, journaliste et spécialiste des États-Unis, elle analyse cet événement comme révélateur de la transformation profonde de l’ICE sous l’administration Trump, devenue un outil politique militarisé, capable d’intervenir rapidement, violemment et sans réel contrôle.
Une violence qui dépasse la seule question migratoire
Créée après les attentats du 11 septembre 2001, l’ICE porte encore aujourd’hui l’empreinte de la doctrine antiterroriste, fortement ancrée dans sa culture institutionnelle. Selon Charlotte Recoquillon, le meurtre de Renee Nicole Good marque un tournant dans la perception de la politique migratoire de Donald Trump, car il montre que la répression ne vise plus seulement les migrants dits « sans papiers », mais aussi les citoyens perçus comme des opposants. Le fait que la victime soit une femme blanche souligne l’élargissement du champ de la violence étatique.
Toutefois, cet événement s’inscrit dans une continuité de violences policières, notamment à Minneapolis, déjà marquée par les meurtres de George Floyd et Philando Castile. Les villes démocrates apparaissent comme des cibles privilégiées de l’administration Trump, ce qui explique l’existence de réseaux militants structurés. Cette répression s’inscrit également dans une rhétorique anti-woke et hostile aux mouvements pour la justice raciale, l’égalité et la lutte contre les discriminations.
Des moyens juridiques et matériels démesurés
Charlotte Recoquillon décrit ensuite comment Donald Trump a façonné l’ICE afin d’atteindre son objectif de déportation massive. En tant que police fédérale placée sous l’autorité du Department of Homeland Security (DHS), l’ICE a bénéficié de lois renforçant considérablement ses pouvoirs, notamment la Riley-Lakin Act et la One Big Beautiful Bill, qui permettent de poursuivre des personnes avant toute condamnation. Par ailleurs, la nomination de responsables loyalistes et la suppression des services de contrôle des droits civiques ont favorisé une impunité institutionnelle.
Les campagnes de recrutement ont ciblé des milieux militarisés, tandis que la formation des agents a été réduite à 47 jours. Selon la chercheuse, ces choix relèvent d’une logique politique plus que d’un simple déficit de formation. La déshumanisation est renforcée par l’usage intensif des technologies de surveillance, notamment via des bases de données fournies par l’entreprise Palantir.
Une logistique de déportation industrialisée
Enfin, la politique migratoire repose sur une logistique de déportation industrielle, largement confiée à des prisons privées comme GEO Group ou CoreCivic, qui tirent des profits importants de contrats publics. Cette stratégie redéfinit la notion de frontière, désormais présente au cœur des villes, et contribue à produire l’illégalité elle-même, notamment par la suppression de statuts de protection pour certaines populations. Charlotte Recoquillon y voit une politique organisée de peur, de violence et d’exclusion, en rupture avec le mythe des États-Unis comme terre d’accueil.
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