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D’un mouvement indépendantiste à l’autre : Québec, Ecosse, Pays basque, Flandre



Souvent assimilés, les mouvements indépendantistes québécois, écossais, basque et flamand, ont remporté des victoires politiques d’ampleur variable mais concentrées sur deux mois.

Une semaine avant la marche du 11 septembre 2012 à Barcelone, Pauline Marois, leader du Parti Québécois, indépendantiste de centre-gauche, a remporté les élections provinciales et est devenue la première femme Premier ministre du Québec. Le 14 octobre, les élections communales et provinciales belges ont fait triompher les indépendantistes flamands de la N-VA et propulsé son leader Bart De Wever à la tête de la mairie d’Anvers. Le lendemain, le Premier ministre britannique David Cameron a signé avec son homologue écossais Alex Salmond un accord pour un référendum d’autodétermination en 2014. Enfin, les élections autonomes basques du 21 octobre ont vu une forte poussée de la coalition indépendantiste basque Bildu aux côtés du Parti Nationaliste Basque, vainqueur du scrutin.

Il faut souligner que ces indépendantistes dialoguent de longue date. C’est le cas du rassemblement annuel des mouvements nationalistes, indépendantistes ou régionalistes de Corte, ou encore, à l’échelle européenne, du parti européen Alliance Libre Européenne (ALE), qui réunit des formations très différentes par leur histoire, leur implantation électorale et leur discours : parmi les 35 partis fédérés, tous ne revendiquent pas un Etat comme le font le SNP en Ecosse, la N-VA en Flandre ou Gauche Républicaine de Catalogne (ERC, en catalan), d’où des tensions ponctuelles.

C’est pourquoi il fut longtemps difficile de comprendre l’enjeu concret de ces rassemblements, au-delà de la joie d’apparaître plus forts rassemblés qu’isolés. Bernat Joan i Mari, alors député européen d’ERC, fut interviewé, ravi, lors du faux-journal de la RTBF[1] annonçant la sécession de la Flandre le 13 décembre 2006. L’ALE compte sept eurodéputés, appartenant à la N-VA flamande, au SNP écossais, à Plaid Cymru (Pays de Galles), au Bloc National Galicien (BNG), au Parti de la Nation Corse, et au parti Lettonie pour les Droits de l’Homme. Obtenir un siège au Parlement européen peut être plus facile que dans un parlement national pour les petits partis. En tout cas, à la faveur de la crise, les échanges de conseils semblent avoir fonctionné parmi les formations les plus en pointe.

Publicité partagée et émulation

Malgré les spécificités de chaque situation, chaque avancée d’un parti indépendantiste attire l’attention extérieure sur ses homologues et suscite chez eux l’émulation. Le catalanisme s’inspire depuis le début d’exemples extérieurs mais en ayant soin à chaque fois de choisir le cas correspondant exactement à l’idée qu’il veut défendre : le Québec pour revendiquer le référendum d’autodétermination, l’Ecosse pour la propension de dirigeants d’entreprises de premier plan à prôner publiquement l’indépendance quand le patronat catalan garde traditionnellement un silence prudent sur les sujets trop politiques, ou encore le Pays basque pour l’administration complète des ressources fiscales par ses provinces.

Il faut mesurer à quel point des formations de dimension régionale ont transformé les rapports de force en leur faveur depuis l’époque – récente encore – où, même à propos de la Catalogne, de la Flandre ou de l’Ecosse, l’on préférait parler de régionalisme plutôt que de nationalisme régional.


[1] Le lien permet de visionner l’intégralité de ce faux-journal de la Radio Télévision Belge Francophone. L’intervention de Bernat Joan i Mari figure entre 1h20 et 1h21.

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