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28 mai 2007

L’insécurité, des rues jusqu’au fond des urnes Insécurité constatée, présence des « immigrés » et bouleversements électoraux : de Tourcoing à la France



Chapitre publié dans Klaus Sessar, Wolfgang Stangl, René van Swaaningen (Hg), Groβstadtängste – Anxious Cities, Lit Verlag , Wien-Berlin, 2007, pp. 321-348.

traduction du résumé :

En suivant une approche menée au niveau des quartiers de la ville de Tourcoing (Nord-Pas-de-Calais) depuis la fin des années 1970, cette étude empirique s’éloigne des hypothèses qui tendaient à faire du vote Le Pen l’expression d’une perception très indirecte de l’« insécurité objective », voire une représentation purement « fantasmatique ». Un premier constat fait ressortir qu’une forte hausse de la « petite » délinquance (à la charnière des années 1970-1980) affecte en priorité les quartiers populaires qui se caractérisent à la fois par une certaine mixité ethnique et par un vote très fortement en faveur de la gauche. La brusque émergence du vote « national populiste » à Tourcoing en 1984 (meilleur score pour les villes de plus de 30 000 habitants) apparaît comme étant la conséquence directe de la dégradation du « sentiment d’insécurité » en rapport étroit avec la montée des délits (et des incivilités).

En confrontant les données policières sur la délinquance constatée, les données socio-ethniques et les résultats électoraux par bureau de vote, c’est une nette corrélation spatiale au niveau des quartiers qui apparaît : depuis les années 1980 jusqu’aux plus récentes consultations électorales, la structure spatiale du vote « national-populiste » s’est maintenue en relation étroite avec la géographie de l’insécurité constatée. En effet, la réalité qui s’impose dans certains territoires est celle d’une minorité délinquante qui tend à s’approprier une partie de l’espace public aux dépens des autres habitants : sur un même « espace vécu », la multiplication des actes de dégradation, d’incivilités, des « petits » vols (voire des agressions contre les personnes) constituent un bouleversement du quotidien, aboutissant à la perte d’une certaine solidarité de quartier. Le vote en faveur de Le Pen correspond à un contexte local de difficile cohabitation entre habitants d’un même quartier (ou de deux quartiers proches) et ce, plus particulièrement du fait de la surdélinquance de certains « jeunes issus de l’immigration ».

En passant de l’échelle de Tourcoing à celle de la France, il s’agit de mettre en perspective les récents événements de l’automne 2005. Ces « violences urbaines » apparaissent comme étant dans la continuité de faits constatés depuis plus d’une dizaine d’années en France (voitures incendiées, dégradations d’équipements publics, agressions contre les pompiers, « guerilla » anti-policiers, etc.), même si elles ont eu une ampleur inédite (tant par leur durée que par leur extension géographique). Si la gestion de cette crise a montré certaines ambiguïtés et des divisions au sein du gouvernement de droite, l’opposition de gauche semble toujours partagée entre la culture de l’« excuse sociologique » face aux « jeunes délinquants » et l’attitude plus pragmatique qui l’avait conduite en 1997 à considérer le « droit à la sûreté » comme presque aussi important que la lutte contre le chômage. Or, l’analyse des débats sur la sécurité depuis les années 1980 montre que le déni du réel est un des facteurs qui contribue à conforter le vote extrémiste : la gauche, en se crispant durant de longues années sur une posture de dénégation de l’insécurité, a abouti en réalité à renforcer le sentiment d’abandon des classes populaires, contribuant indirectement à fortifier, jusqu’à récemment, l’adhésion au discours d’exclusion du « National-populisme ».

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